Salvador de Bahia attire chaque année plus d’un million de touristes étrangers, mais reste bien moins saturée que Rio.
C’est pourtant la ville qui concentre le plus fort héritage africain de tout le continent américain – une densité culturelle que peu de destinations au monde peuvent égaler. Voici tout ce qu’il faut savoir avant de poser vos valises dans cette ville à part.
Pourquoi visiter Salvador de Bahia?
Fondée par les Portugais en 1549 sous le nom complet de São Salvador da Bahia de Todos os Santos, Salvador a été pendant plus de deux siècles la capitale du Brésil colonial. Ce n’est qu’en 1763 que Rio de Janeiro lui a ravi ce statut.
Cette histoire longue explique pourquoi la ville regorge d’un patrimoine architectural et humain que même São Paulo ne peut pas revendiquer.
Avec 2,6 millions d’habitants intra-muros et plus de 4 millions dans son aire métropolitaine, Salvador est la troisième ville la plus peuplée du Brésil. Elle occupe la deuxième place des destinations touristiques du pays, derrière Rio.
Ce classement tient en grande partie à son héritage africain unique dans les Amériques : environ 80 % de la population est d’origine africaine, héritage direct de la traite négrière qui a fait de Bahia le principal port de débarquement des esclaves au Brésil.
Le quartier du Pelourinho, classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1985, en est la vitrine la plus visible. Ses bâtiments coloniaux aux façades bleu, jaune et ocre, ses ruelles pavées et ses terreiros de candomblé actifs donnent à Salvador une identité que vous ne trouverez nulle part ailleurs au Brésil.
Que faire à Salvador de Bahia?

La visite commence logiquement par l’Elevador Lacerda, inauguré en 1873. Cet ascenseur monumental de 72 mètres relie la Cidade Alta (la ville haute) à la Cidade Baixa (la ville basse), les deux niveaux de Salvador séparés par une falaise abrupte dominant la baie de Tous les Saints.
La traversée coûte quelques centimes en réais – c’est un trajet du quotidien pour les Soteropolitanos, et une belle façon d’entrer dans le rythme de la ville.
Le Pelourinho mérite une demi-journée complète. C’est là que se concentrent les plus belles églises baroques du Brésil, dont l’Igreja do São Francisco avec ses intérieurs couverts d’or.
Le soir, la place principale s’anime avec des groupes de percussions et des représentations de capoeira – non pas pour les touristes, mais parce que ça fait partie du tissu social du quartier.
Au-delà du centre historique, quelques sites méritent le détour :
- Le phare de Barra (Fort de Santo Antonio), construit en 1698, domine la pointe de la ville à 22 mètres de hauteur. Ses feux sont visibles jusqu’à 70 km en mer. C’est l’un des plus anciens phares du Brésil, et le coucher de soleil depuis la terrasse rassemble chaque soir des dizaines de locaux.
- Le Musée d’Art de Bahia, le plus ancien musée de l’État, conserve plus de 5 000 œuvres et objets historiques. Ses collections de mobilier, de porcelaine et de peintures coloniales donnent une idée précise de ce qu’était la vie de l’élite baianaise aux XVIIIe et XIXe siècles.
- L’excursion à Praia do Forte, à 80 km au nord de Salvador, combine plage, village de pêcheurs et station de protection des tortues marines (le projet TAMAR). Comptez une journée entière pour l’aller-retour en bus ou en navette organisée.
Les plages de Salvador : lesquelles choisir selon ses envies?
Salvador dispose de 50 km de littoral sur la côte atlantique, ce qui laisse une marge de choix confortable selon ce que vous cherchez.
La géographie de la ville impose une logique simple : les plages situées à l’intérieur de la baie de Tous les Saints sont calmes et sans vague, celles sur la côte atlantique sont plus exposées et plus dynamiques.
Porto da Barra est souvent citée comme la plage la plus appréciée de la ville. Elle ne mesure que 300 mètres de longueur, ce qui la rend vite bondée les week-ends et jours fériés. Sa situation à l’entrée de la baie lui garantit une eau calme et une transparence rare pour une plage urbaine.
C’est l’option idéale si vous voulez vous baigner sans prendre le bus – elle est accessible à pied depuis la plupart des hébergements du quartier de Barra.
Pour ceux qui préfèrent l’espace, les plages au nord de la ville (Flamengo, Itapuã, Stella Maris) sont plus longues, souvent bordées de cocotiers et nettement moins fréquentées en semaine. Itapuã a une réputation romantique bien ancrée dans la culture brésilienne, grâce à une chanson de Vinícius de Moraes.
La réalité est moins poétique que les paroles, mais l’ambiance de fin d’après-midi y est vraiment agréable. Comptez 30 à 45 minutes de bus depuis le centre.
Le carnaval de Salvador de Bahia, le plus grand du monde

Le carnaval de Salvador est certifié par le Livre Guinness des Records comme le plus grand carnaval populaire de rue de la planète. Les chiffres donnent le vertige : environ 2,5 millions de participants, dont 1,5 million de touristes, rassemblés sur 6 jours officiels – du jeudi précédant le mercredi des Cendres jusqu’à midi ce même mercredi.
Ce qui distingue radicalement le carnaval de Salvador de Bahia de celui de Rio, c’est son fonctionnement en circuits de rue. Trois parcours structurent la fête : Barra-Ondina (le plus fréquenté, le long du front de mer), Campo Grande (plus populaire, au centre-ville) et Batatinha dans le Pelourinho (le plus petit, le plus ancré dans la tradition africaine).
Les trios elétricos – ces camions-scènes gigantesques – défilent dans les rues en entraînant des foules de « pipoca » (les fêtards sans abadá, la tenue officielle des blocs).
Vous pouvez participer de deux façons : acheter un abadá pour rejoindre un bloc spécifique, avec sécurité et espace dédié, ou rester en pipoca dans la rue, gratuitement mais avec moins de confort.
Les prix des abadás varient de 300 à plus de 1 500 réais selon les blocs et les artistes – Ivete Sangalo, Claudia Leitte ou Olodum figurent parmi les valeurs sûres.
Quelle est la meilleure période pour aller à Salvador de Bahia?
Salvador a un climat tropical humide, sans saison froide au sens européen du terme. Les températures oscillent entre 22 et 30 °C toute l’année, avec peu d’écart d’un mois à l’autre. Ce sont les précipitations qui font vraiment la différence entre les saisons.
| Période | Conditions | Pour qui? |
|---|---|---|
| Décembre à mars | Saison humide, averses fréquentes l’après-midi | Carnaval (février), ambiance festive maximale |
| Avril à juin | Transition, pluies encore présentes en avril | Bonne période pour explorer sans foule |
| Juillet à septembre | Saison sèche, soleil stable, vents frais | Meilleure période pour la plage |
| Octobre à novembre | Début des pluies, chaleur en hausse | Tarifs intéressants, moins de touristes |
Si votre priorité est la plage, visez juillet-août : le ciel est dégagé, la chaleur est tempérée par les alizés et les hôtels pratiquent des tarifs plus raisonnables qu’en haute saison. Pour le carnaval de Salvador de Bahia, vous n’avez pas le choix – c’est février, au cœur de la saison humide. Prévoyez un poncho léger dans votre sac.
Salvador de Bahia est-elle dangereuse pour les voyageurs?

La question mérite une réponse honnête : Salvador a des quartiers difficiles, et le taux de criminalité de la ville est objectivement élevé comparé aux standards européens.
Cela dit, Salvador de Bahia dangereuse pour un touriste qui prend des précautions de base ? Pas particulièrement, à condition de ne pas ignorer la géographie sociale de la ville.
Les zones touristiques – Pelourinho en journée, Barra, Ondina, Rio Vermelho – sont relativement sécurisées. Les problèmes surviennent principalement la nuit dans des quartiers périphériques que vous n’avez aucune raison de traverser. Quelques réflexes concrets :
- Évitez de sortir le téléphone dans la rue, notamment dans le Pelourinho après 22h
- Prenez des taxis ou des applications (99, Uber) plutôt que de marcher seul la nuit
- Ne portez pas de bijoux apparents ni d’appareil photo coûteux en balade
- Gardez une copie de votre passeport séparée de l’original
- Renseignez-vous auprès de votre hébergement sur les itinéraires à éviter le soir
Le carnaval est un contexte particulier : la foule dense favorise les pickpockets. Portez votre argent et vos documents dans une banane sous les vêtements. Beaucoup de voyageurs européens font le carnaval chaque année sans incident – la vigilance suffit dans la grande majorité des cas.
Avis et retours de voyageurs sur Salvador de Bahia
Les avis sur Salvador de Bahia convergent sur plusieurs points. Ce que les voyageurs retiennent en premier, c’est la musique – omniprésente, dans les rues, les bars, les restaurants.
L’axé, le samba-reggae, le forró : vous ne pouvez pas passer trois heures à Salvador sans entendre de la musique live. C’est une réalité quotidienne, pas un spectacle monté pour les touristes.
La gastronomie baianaise fait aussi l’unanimité. L’acarajé – une boulette de haricots-fèves frite dans de l’huile de palme, garnie de crevettes et de vatapá – se mange dans la rue pour moins de 15 réais.
La moqueca baiana, ce ragoût de poisson mijoté dans du lait de coco et de l’huile de dendê, est l’un des plats les plus complexes en saveurs de toute la cuisine brésilienne.
Pour vous repérer sur les prix pratiqués au Brésil et comprendre le pouvoir d’achat local, gardez à l’esprit que le salaire médian brésilien reste modeste comparé aux standards européens.
Les déceptions les plus fréquentes dans les retours de voyageurs portent sur l’état de certaines parties du Pelourinho en dehors des axes principaux (quelques rues dégradées, présence de mendicité), sur la chaleur humide de la saison des pluies qui peut rendre les déambulations épuisantes, et sur la circulation chaotique.
Plusieurs voyageurs notent aussi que la ville est moins « photogénique » qu’attendu hors du centre historique – les quartiers périphériques sont banals, et la ville moderne n’a pas grand intérêt architectural.
Comment rejoindre Salvador depuis Rio de Janeiro?

La distance entre Salvador et Rio de Janeiro est d’environ 1 650 km à vol d’oiseau. En pratique, les options sont au nombre de deux : l’avion ou le bus longue distance.
- L’avion est de loin la solution la plus logique. Les vols directs entre Rio (GIG ou SDU) et Salvador (SSA) durent environ 1h45 à 2h. Les compagnies LATAM, Gol et Azul assurent plusieurs rotations quotidiennes. En réservant à l’avance, les tarifs descendent facilement sous 400 réais (soit environ 70-80 euros). Pendant le carnaval ou les vacances scolaires brésiliennes, les prix peuvent tripler.
- Le bus longue distance est utilisé par les Brésiliens qui voyagent avec un budget serré. Le trajet dure entre 24 et 28 heures selon la compagnie et les arrêts. Les bus « leito » (avec sièges totalement inclinables) sont plus confortables mais coûtent à peine moins cher qu’un vol. Difficile à recommander pour un voyageur européen disposant de temps limité.
Si vous intégrez Salvador dans un circuit itinérant au Brésil, le schéma classique est Rio – Iguaçu – São Paulo – Salvador, ou l’inverse. Réservez vos vols intérieurs plusieurs semaines à l’avance, surtout si vous voyagez pendant les vacances de juillet ou en février.
Préparer son budget et son séjour à Salvador de Bahia
Salvador est l’une des villes les moins chères du Brésil pour les voyageurs européens, à condition de manger local et de ne pas se cantonner aux hôtels du bord de mer. Voici quelques repères concrets en réais (à convertir selon le taux du moment) :
- Hébergement : dortoir en auberge dans le Pelourinho ou à Barra, comptez 60 à 100 réais la nuit. Une chambre double correcte en hôtel 3 étoiles démarre autour de 200 à 350 réais hors carnaval. Pendant le carnaval, multipliez les prix par deux à quatre.
- Restauration : un déjeuner dans un restaurant « por kilo » (buffet au poids, très répandu au Brésil) coûte entre 25 et 50 réais selon votre appétit. Un repas dans un restaurant de moqueca pour deux personnes avec une bière tourne autour de 120 à 180 réais.
- Transports internes : le bus urbain coûte environ 4,50 réais. Un Uber depuis le centre jusqu’à l’aéroport est autour de 40 à 60 réais selon l’heure.
- Visites : la plupart des plages et du Pelourinho sont accessibles gratuitement. L’entrée du phare de Barra et de certains musées tourne autour de 20 à 40 réais.
Un budget réaliste pour un séjour autonome hors carnaval se situe entre 80 et 130 euros par jour pour deux personnes en incluant hébergement correct, repas locaux et quelques transports. Le carnaval augmente significativement ce budget, surtout si vous achetez des abadás pour rejoindre des blocs.
Salvador ne ressemble à aucune autre ville brésilienne – ni à Rio avec ses cartes postales mondiales, ni à São Paulo avec son rythme de métropole économique.
C’est une ville qui vit sur ses propres termes, au rythme de ses tambours et de ses saveurs d’huile de palme. Vous repartez différent de comment vous êtes arrivé.