Posez la question à n’importe quel groupe : « Citez une capitale qui commence par X. » Le silence s’installe. Et pour cause – la réponse est qu’il n’en existe aucune parmi les États reconnus. Voilà un angle mort de géographie que même les bons élèves ratent.
Derrière cette lettre rare se cachent pourtant des villes réelles, des régions immenses et une confusion très répandue autour du Xinjiang. Voici ce que les atlas ne vous expliquent pas clairement.
Aucun pays ne commence par X dans aucune langue officielle
La réponse est tranchée : aucun des 193 États membres de l’ONU ne porte un nom commençant par la lettre X, que ce soit en français ou en anglais. Zéro exception. La lettre X est la seule de l’alphabet à ne figurer dans aucun nom de pays souverain reconnu internationalement.
Le piège classique, celui qui fait trébucher les candidats aux quiz de géographie, c’est le Xinjiang. Le mot commence bien par un X, il désigne bien un territoire de dimensions colossales – mais il s’agit d’une région autonome chinoise, pas d’un État indépendant. Confondre les deux, c’est comme prendre la Bretagne pour un pays.
Cette confusion est renforcée par le fait que le Xinjiang est souvent évoqué dans les médias avec son propre gouvernement régional, ses frontières avec huit pays voisins et ses tensions politiques spécifiques. Ces caractéristiques lui donnent une visibilité internationale qui dépasse celle de nombreux États réels – mais son statut juridique reste celui d’une province de la République populaire de Chine.
Aucune capitale nationale au monde ne porte un nom commençant par X
Si vous cherchez quelle capitale du monde commence par la lettre X, la réponse nette est : aucune. Parmi les capitales nationales des 193 États membres de l’ONU – de Kaboul à Windhoek, de Lima à Vilnius – pas un seul nom de capitale ne commence par X.
La distinction entre capitale nationale et capitale régionale est ici fondamentale. Une capitale nationale est le siège officiel du gouvernement d’un État souverain. Une capitale régionale ou provinciale joue le même rôle, mais à l’échelle d’une subdivision administrative. Ce sont ces dernières qui permettent d’identifier quelques cas réels de villes en X occupant une fonction de capitale.
Cette rareté phonétique s’explique en partie par la structure des langues européennes qui ont le plus influencé la toponymie mondiale. En latin classique, le X initial était réservé à quelques mots très spécifiques, et les langues romanes ont conservé cette tendance à rejeter ce phonème en position initiale de mot courant.
Quelles villes commençant par X ont quand même un rôle de capitale?

Trois villes méritent d’être citées lorsqu’on élargit la recherche aux capitales régionales et provinciales du monde.
- Xining (西宁) – capitale de la province du Qinghai en Chine. La ville couvre 7 660 km² et comptait 2,4756 millions d’habitants fin 2025. Perchée sur le plateau tibétain, elle se trouve à plus de 2 200 mètres d’altitude et constitue le principal point d’accès terrestre au Tibet.
- Xalapa – capitale de l’État de Veracruz au Mexique. Ville de montagne coincée entre le Golfe du Mexique et la Sierra Madre orientale, à environ 1 400 mètres d’altitude, elle est connue pour son musée d’anthropologie qui abrite les plus grandes têtes olmèques du pays.
- Xai-Xai – capitale de la province de Gaza au Mozambique. Petite ville côtière de l’océan Indien, elle administre une province qui s’étend jusqu’à la frontière zimbabwéenne et a subi des inondations dévastatrices en 2000.
Ces trois villes sont peu connues, mais elles exercent bel et bien des fonctions administratives réelles. Xining est probablement la plus influente des trois, ne serait-ce que par son rôle de porte d’entrée vers l’une des régions les plus isolées de la planète.
Ürümqi, la capitale du Xinjiang : une ville hors du commun
Ürümqi est la capitale de la région autonome du Xinjiang, et son histoire commence en 1763, lorsque la dynastie Qing y installe une garnison militaire pour sécuriser sa frontière occidentale. Le nom lui-même vient du mongol et signifie « beau pâturage » – un contraste saisissant avec la métropole industrielle qu’elle est devenue.
Selon le Guinness Book of Records, Ürümqi détient un titre géographique unique : c’est la ville la plus éloignée de toute mer dans le monde. Elle se trouve à environ 2 500 km de l’océan le plus proche. Cette position centrale en Eurasie lui confère un isolement climatique extrême, avec des hivers pouvant descendre à -20°C.
La ville administre 7 districts municipaux et 1 comté sur une superficie totale de 13 800 km². Sa population permanente atteignait 4,1284 millions d’habitants fin 2024, avec un taux d’urbanisation de 97 % – un chiffre qui reflète la concentration remarquable de population dans cette métropole désertique.
Ürümqi concentre les bureaux administratifs régionaux, les principales universités du Xinjiang, et un aéroport international qui la relie à Moscou, Almaty ou Islamabad. C’est un carrefour commercial entre la Chine et l’Asie centrale, même si ce rôle reste peu connu en Europe.
Qu’est-ce que le Xinjiang, et pourquoi le confond-on avec un pays?

Le Xinjiang est devenu région autonome de la République populaire de Chine en 1955. Son nom officiel complet – Région autonome ouïghoure du Xinjiang – trahit déjà sa complexité politique. Avec 1 664 900 km², il représente environ un sixième du territoire chinois, soit trois fois la superficie de la France.
Sa composition ethnique selon le recensement de 2020 : 44,96 % d’Ouïgours, 42,24 % de Han, et 12,80 % d’autres minorités dont les Kazakhs, les Hui et les Kirghiz. Cette mosaïque ethnique, couplée à la présence d’une langue et d’une religion distinctes (l’islam sunnite pour la majorité ouïghoure), crée une identité régionale très marquée.
Le Xinjiang partage ses frontières avec huit États : la Russie, la Mongolie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde. Peu de provinces au monde peuvent en dire autant. Cette position frontalière explique son importance géostratégique pour Pékin, et pourquoi la région fait régulièrement la une des actualités internationales.
Sur le plan économique, son produit régional brut a atteint 2 146,214 milliards de yuans en 2025 (environ 316 milliards USD), en hausse de 5,5 % sur un an. Le Xinjiang produit 92,3 % du coton national chinois, soit environ 5,69 millions de tonnes en 2024 – un chiffre qui explique pourquoi les controverses sur les conditions de travail dans cette région ont des répercussions directes sur l’industrie textile mondiale.
Xi’an et Xining : deux villes en X qui ont marqué l’histoire chinoise
Xi’an mérite une mention particulière. Cette ville de 13 millions d’habitants en Chine centrale a été la capitale de treize dynasties successives, dont les Han et les Tang. C’est là que fut découverte en 1974 l’armée de terre cuite de l’empereur Qin Shi Huang – plus de 8 000 soldats en argile grandeur nature, enfouis depuis 210 avant notre ère.
Xi’an était aussi l’un des points de départ de la Route de la Soie. Les caravanes qui reliaient l’empire chinois aux marchés méditerranéens partaient de cette cité, ce qui en fait un nœud historique de premier plan pour les échanges entre l’Asie et l’Europe. Sa grande mosquée du XIe siècle, construite dans un style architectural à mi-chemin entre l’art islamique et l’architecture chinoise, reste l’un des bâtiments les plus singuliers du pays.
Xining, de son côté, affiche plus de 2 400 ans d’histoire documentée. Capitale du Qinghai depuis l’époque républicaine, elle sert aujourd’hui de base pour les voyageurs qui rejoignent Lhassa par le train – la ligne Qinghai-Tibet, inaugurée en 2006, relie Xining au Tibet en traversant des plateaux à plus de 5 000 mètres d’altitude.
La lettre X dans la géographie mondiale reste une exception qui confirme la règle
La quasi-absence du X dans les noms de pays et de capitales n’est pas un hasard. En latin, le X initial était phonétiquement instable – il se prononçait souvent « ks » ou « gz », des sons difficiles à placer en début de mot dans les langues romanes. Le français, l’espagnol, le portugais et l’italien ont tous naturellement écarté cette lettre de leurs toponymies.
Les langues germaniques n’ont guère fait mieux : le X est rare en allemand, en néerlandais, en anglais en position initiale. Les langues slaves ne l’utilisent pas non plus. Résultat : lorsque les puissances coloniales européennes ont renommé les territoires qu’elles administraient, elles ont importé ces habitudes phonétiques dans le monde entier.
Les seuls cas réels documentés de X en géographie sont donc quasi exclusivement d’origine asiatique ou africaine – Xining, Xalapa, Xai-Xai – et restent cantonnés aux niveaux régionaux et provinciaux. Aucun État, aucune capitale nationale ne porte ce phonème en position initiale. La lettre X reste, dans l’atlas mondial, une curiosité de bord de carte plutôt qu’une présence affirmée – et c’est précisément cette rareté qui lui donne tout son intérêt dans un quiz de géographie.